Book club de Point de Vue : le prince Charles-Philippe d'Orléans, ses coups de cœur littéraires
- Prince Charles-Philippe d'Orléans
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 9 minutes
A quelques jours de la cérémonie de remise du Prix Hugues Capet aux Archives nationales, le Prince Charles-Philippe répond à Olivia Micenmacher pour le magazine Point de Vue sur ses livres de chevet, ses coups de coeurs littéraires, ses auteurs fétiches, son livre d'enfance, etc. Voici l'intégralité de l'interview (©PointdeVue).
Auteur lui-même de quelques romans historiques, le duc d'Anjou voue une admiration sans borne aux écrivains et à la langue française. Descendant direct de la dynastie des Capétiens, le prince Charles-Philippe d'Orléans est friand d'ouvrages qui font la part belle à l'imaginaire et aux idéaux romanesques mais aussi d'ouvrages sur l'histoire et de biographies, au point d'avoir relancé le prix Hugues Capet dont il préside le jury avec son épouse, la princesse Naomi. Voici son étagère idéale !
Quel est votre ouvrage favori ?
Il y a deux livres de chevet qui ne me quittent pas. Le premier est Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. C’est un roman que l’on croit connaître tant il fait partie de notre imaginaire collectif, mais que l’on redécouvre à chaque lecture. Il ne se livre jamais tout à fait de la même manière, sans doute parce que nous n’y revenons jamais tout à fait les mêmes. C'est une œuvre de patience, de métamorphose, de justice intérieure. Edmond Dantès n’est pas seulement un héros romanesque : il est une conscience en mouvement, un homme façonné par l’épreuve et le temps. Je n’ai pas besoin de le relire intégralement : j’aime l’ouvrir au hasard, y revenir par fragments, comme on revient à une source familière. Peut-être aussi parce que, d’une certaine manière, chacun écrit sa propre revanche sur le temps.
Le second est Don Quijote de Miguel de Cervantes. C’est un livre qui m’accompagne depuis ma tendre enfance, passée en Espagne, pays qui a une forte influence dans ma vie et ce livre en est un exemple. Il dit quelque chose de très profond sur la fidélité à ses idéaux, même lorsqu’ils paraissent anachroniques. Don Quichotte est à la fois sublime et dérisoire, visionnaire et profondément humain. Il nous rappelle que le ridicule n’est pas toujours du côté de celui qui rêve, mais souvent de celui qui a renoncé. C’est un roman sur la dignité du combat inutile, sur la noblesse du geste gratuit, sur la puissance de l’imaginaire face à la brutalité du réel. Et peut-être, aussi, une invitation à ne jamais cesser de croire que le monde peut être autrement.
Quel est votre dernier coup de cœur littéraire ?
J'en ai deux également, deux biographies primées par le Prix Hugues Capet cette année, consacrées à deux femmes exceptionnelles qui ont marqué le destin de la France à des moments charnières de son histoire. D’abord Anne d’Autriche de Joël Cornette, lauréat du Prix Hugues Capet 2025, paru chez Gallimard. L’auteur réalise un portrait vibrant, précis, qui redonne vie à une reine trop longtemps caricaturée. Femme. Etrangère. Régente. Elle cumule toutes les fragilités symboliques dans un temps de crise politique et sociale. Et pourtant, elle s’impose, et elle tient. Elle gouverne dans une France meurtrie, fracturée, menacée de toutes parts, dans la défiance, dans le soupçon et l’adversité. Elle est d’ailleurs la dernière femme à avoir gouverné la France.
En second lieu, je citerai Aliénor d’Aquitaine de Martin Aurell, Prix spécial du Jury, paru chez Flammarion. Une figure d’une liberté et d’une modernité saisissantes, dont l’empreinte européenne continue de résonner. L’auteur est décédé en février dernier, il était un éminent médiéviste. Avec ce livre, il signe une biographie qui peut être considéré comme définitive sur cette fascinante femme du moyen-âge.
Avez-vous un livre d’enfance ?
Qui n’en n’a pas ! Le mien est Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. C’est un livre fondateur. Derrière l’apparente simplicité du récit se cache une véritable initiation : l’apprentissage des règles, de l’appartenance, de la loyauté, mais aussi de la liberté. Enfant, on y voit une aventure ; adulte, on y lit une méditation sur l’identité et la transmission. Chaque relecture révèle une nouvelle strate de sens. Peu de livres accompagnent ainsi toutes les étapes de la vie sans jamais s’épuiser. C’est sans doute le signe des grandes œuvres.
Quel livre offrez-vous régulièrement ?
Ces derniers temps, nous passons nos vacances dans le Luberon et d’une façon générale, j’aime lire — et offrir — des ouvrages qui dialoguent avec les lieux où l’on vit ou que l’on traverse. J’ai été touché par Oppède de Consuelo de Saint-Exupéry, que l’on trouve aux éditions Gallimard. L’auteure est la veuve d’Antoine de Saint-Exupéry. Elle y raconte l’année 1945 passée dans ce village alors abandonné qu’était Oppède-le-Vieux, au sein d’une communauté d’artistes réunis par l’exil, la création et l’attente. Oppède-le-Vieux est aujourd’hui l’un des villages les plus bouleversants que je connaisse, un lieu qui dégage quelque chose d’unique, presque transcendant. En gravissant les ruelles pavées de vieilles pierres jusqu’à la chapelle au sommet, l’émotion est telle que les larmes montent aux yeux. Des larmes de beauté, de paix, de plénitude. C’est difficile à expliquer : il faut y aller pour le ressentir. En offrant ce livre j’essaye de transmettre une petite partie de cette émotion à mes amis.
Quel est votre auteur fétiche ?
Deux auteurs morts — les vivants déçoivent plus facilement : Alexandre Dumas et Victor Hugo. Dumas, c’est l’élan vital, le goût du récit, la générosité presque physique de la narration. Il écrit pour entraîner, pour emporter, pour donner envie d’agir. Ses héros avancent, chutent, se relèvent, et rappellent que la vie est mouvement, courage et fidélité. À une époque où tout semble figé ou paralysé par le doute, Dumas redonne le sens de l’énergie et de la volonté.
Hugo, lui, est d’une autre stature : il est la conscience en marche. Il regarde son siècle droit dans les yeux, sans détourner le regard de la misère, de l’injustice ou de la violence politique. Sa voix est immense parce qu’elle assume une responsabilité morale. Il rappelle que l’écrivain n’est pas seulement un témoin, mais parfois un veilleur. Ensemble, Dumas et Hugo incarnent une littérature totale, qui ne dissocie jamais le plaisir du récit de l’exigence du sens, ni l’émotion de l’engagement. Une littérature qui élève, qui dérange parfois, mais qui, toujours, met l’homme face à ses devoirs.
Parlez-nous du prix Hugues Capet dont vous êtes le président ?
Le Prix Hugues Capet est bien plus qu’un prix littéraire : c’est une aventure intellectuelle et familiale. Il a été fondé en 1994 par ma grand-mère, Madame la comtesse de Paris, avec une ambition claire : comprendre, préserver et transmettre l’histoire et le patrimoine capétiens, en s’appuyant sur des valeurs de rigueur et d’excellence. Il distingue chaque année un ouvrage de biographie historique consacré à une grande figure de l’histoire capétienne, entendue au sens large : la France, bien sûr, mais aussi l’Europe qu’elle a contribué à façonner. En reprenant le Prix Hugues Capet avec mon épouse, la princesse Naomi, et en assumant les deux la présidence, nous avons souhaité inscrire l'inscrire dans une continuité fidèle à son esprit d’origine, tout en lui donnant une nouvelle impulsion. Nous travaillons à l’ouvrir davantage, à toucher de nouveaux lecteurs, sans jamais renoncer à l’exigence intellectuelle qui fait sa crédibilité.
Le Prix Hugues Capet a un héritage à défendre et une mission à accomplir : faire rayonner l’histoire et le patrimoine auprès du plus grand nombre, avec modernité et ambition, pour construire l’avenir de notre société dans la sérénité. À l’heure de l’instantané et de l’oubli rapide, il rappelle que le temps long n’est pas un luxe, mais une nécessité.



















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