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Discours de remise du Prix Hugues Capet aux Archives nationales

  • 3 févr.
  • 7 min de lecture

Discours prononcé par le Prince Charles-Philippe et la Princesse Naomi d'Orléans, lors de la cérémonie de remise du Prix Hugues Capet 2025, mardi 3 février à l'hôtel de Soubise, Archives nationales.


📷 Photos, toute reproduction interdite, tous droits réservés, © David Nivière


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Monsieur le Sénateur, Madame la Directrice des Archives nationales, Monseigneur, Madame, Chère famille, chers cousins, Chers membres du Jury,


Monsieur le Président du château de Versailles, membre de l’Académie Monsieur l’ambassadeur, Président de la Fondation Saint Louis, Madame la Présidente du château de Fontainebleau, Monsieur le Vice-Président de la Fondation du Patrimoine, Madame l’administrateur de La Demeure Historique.


Mesdames et Messieurs, Chers amis,


C’est avec une émotion toute particulière que nous nous retrouvons ce soir à l’Hôtel de Soubise, en plein cœur des Archives nationales, ce lieu chargé d’histoire, pour célébrer une nouvelle édition du Prix Hugues Capet.


Le Prix Hugues Capet vit grâce à la générosité de celles et ceux qui croient que l’histoire et la culture sont des biens communs essentiels. Permettez-nous donc, avant toute chose, d’adresser nos remerciements les plus chaleureux à celles et ceux qui rendent le Prix Hugues Capet possible. Nous remercions nos donateurs, du plus modeste au plus engagé, et en particulier notre mécène, le Prince Amyn Aga Khan. Le Prince Amyn a consacré une grande partie de sa vie à soutenir les arts et la sauvegarde du patrimoine mondial. Sa générosité constante, animée par une vision qui place l’histoire et la culture au cœur du vivre-ensemble, est pour nous une source d’inspiration et un soutien précieux.


Nous remercions notre partenaire institutionnel, les Archives nationales, qui accueillent le Prix Hugues Capet et ses amis, avec un sens exemplaire de l’hospitalité et du service public du patrimoine.


Nous remercions enfin les membres du Jury, pour leur exigence intellectuelle, leur fidélité et leur engagement constant au service de l’histoire : Jacques-Henri Auclair, Laurent Avezou, Stéphane Bern, Amélie de Bourbon Parme, Ève de Castro, Franck Ferrand, Virginie Girod, Jean-Christian Petitfils, Diana Picasso et Jean Sévillia.


Permettez-nous également d’adresser des remerciements aux maisons d’édition, indispensables à la vitalité de la recherche historique ; et en particulier aux Éditions Tallandier, qui nous ont donné du plaisir en publiant la magnifique biographie de Sully par Laurent Avezou, Prix Hugues Capet 2024. Aux Éditions Flammarion, qui ont publié la remarquable biographie d’Aliénor d’Aquitaine de Martin Aurell, Prix Spécial du Jury 2025. Et bien évidemment aux Éditions Gallimard, qui nous permettent cette année de jouir d’un magistral Anne d’Autriche, sous la plume de Joël Cornette.


Le métier d’éditeur est aujourd’hui un métier difficile, fragilisé, confronté à une crise profonde. Et pourtant, grâce à votre exigence, à votre courage éditorial et à votre fidélité à la rigueur intellectuelle, les talents de nos historiens prennent vie, trouvent leurs lecteurs et se transmettent. Grâce à vous, l’histoire de France reste vivante. Vous êtes des passeurs de mémoire, indispensables à notre société.


Le Prix Hugues Capet


Le Prix Hugues Capet porte un nom qui engage.


Hugues Capet ne saurait être réduit à la seule date de 987 ni à la fondation d’une dynastie. Il constitue un moment structurant de l’histoire politique française : il inaugure une continuité du pouvoir fondée sur la durée, la légitimité et l’enracinement. En établissant une dynastie stable, en affirmant le principe d’hérédité de la couronne et en renforçant l’autorité symbolique du pouvoir, le règne d’Hugues Capet pose les bases de la construction de l’État.


C’est en ce sens que depuis plus de trente ans, le Prix Hugues Capet défend une conviction simple mais exigeante : comprendre, préserver et transmettre l’Histoire Capétienne de France et d’Europe.


À l’heure où notre société doute de ses repères, où la notion même d’autorité est fragilisée, où la transmission est parfois remise en question, le Prix Hugues Capet entend rappeler que l’histoire n’est pas un luxe intellectuel ; elle est une clé de compréhension du présent, et un outil de projection vers l’avenir.


Le Prix Hugues Capet évolue. Fidèle à son héritage mais résolument tourné vers l’avenir, il se dote cette année d’une nouvelle identité visuelle plus moderne, pour accompagner l’évolution du Prix et ses ambitions.


Cette évolution se traduira également, dès cette année, par la création d’un deuxième prix. En comparaison avec les biographies historiques que nous célébrons depuis 30 ans, Le Prix Hugues Capet Héritage, lui, distinguera chaque année un ouvrage destiné à séduire un public plus large, explorant l’histoire capétienne dans sa dimension collective : événements, dynamiques politiques, institutions, territoires, patrimoines, familles et groupes de personnes.


Ce nouveau prix viendra enrichir et compléter le prix des biographies historiques, afin de mettre en avant chaque fois plus l’influence de l’héritage capétien en France et en Europe.


Mention Spéciale du Jury


Permettez-nous maintenant d’évoquer un moment particulier de cette édition 2025 du Prix Hugues Capet. Cette année, le jury a souhaité, à l’unanimité, décerner une mention spéciale, à titre exceptionnel et à titre posthume.


La sélection 2025 comprenait un autre ouvrage remarquable : Aliénor d’Aquitaine, souveraine femme, de Martin Aurell, publié chez Flammarion.


Médiéviste éminent, professeur à l’Université de Poitiers, Martin Aurell nous a quittés de façon brutale le 8 février dernier, laissant une immense tristesse dans le monde de l’Histoire et parmi tous ceux qui l’ont lu, estimé et admiré.

Lors de nos délibérations, le 20 novembre dernier, l’ensemble des membres du jury a souligné le caractère exceptionnel de cette biographie, qui peut d’ores et déjà être considérée comme une œuvre de référence — peut-être même comme la biographie définitive d’Aliénor d’Aquitaine.


C’est pourquoi, à titre exceptionnel, le jury a tenu à honorer sa mémoire et son œuvre en décernant à son livre une mention spéciale du Prix Hugues Capet 2025.


Ce prix sera remis à Madame Mary Leroy, éditrice de Martin Aurell, que j’invite à nous rejoindre.


Madame Leroy, au nom des membres du Jury, nous avons l’immense plaisir de vous remettre la mention spéciale du Prix Hugues Capet 2025, décernée à Martin Aurell, à titre posthume, pour sa remarquable biographie Aliénor d’Aquitaine, souveraine femme, publiée aux éditions Flammarion


Joël Cornette


De cette grande figure du Moyen Âge, l’Histoire nous conduit maintenant dans la France du Grand Siècle grâce à Joël Cornette.


Né à Brest, en Bretagne, Joël Cornette a très tôt choisi l’histoire comme boussole. Formé à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, élève du grand Emmanuel Le Roy Ladurie, il appartient à cette génération d’historiens pour qui la rigueur n’exclut ni le souffle, ni le récit.


Après une thèse consacrée à un négociant de Gaillac confronté aux bouleversements de la Révolution française, il a orienté ses recherches vers le XVIIᵉ siècle. Il en est devenu l’un des grands spécialistes, en particulier à travers l’étude de la monarchie française, de ses équilibres, de ses tensions et de sa construction politique dans le temps.


Mais Joël Cornette n’a jamais oublié d’où il venait. Il n’a jamais dissocié son travail scientifique de ses racines. La Bretagne occupe une place constante dans son œuvre, comme territoire d’histoire, de mémoire et d’identité. Cet engagement a été reconnu en 2023 par la remise du prestigieux collier de l’Hermine.


Chercheur, il est aussi passeur. Éditeur infatigable, il dirige depuis 1986 la collection « Époques » aux éditions Champ Vallon, qui a permis la publication de plus de 150 travaux de recherche. Aux éditions Belin, il a coordonné une Histoire de France en treize volumes et une ambitieuse série consacrée aux Mondes anciens, dont le dernier des 17 volumes, dédié à l’Océanie, paraîtra au printemps.


Enfin, Joël Cornette est un enseignant au sens plein du terme. Professeur agrégé dans le secondaire, puis à la Sorbonne, et durant vingt ans à l’université Paris 8, il n’a jamais séparé la recherche, l’écriture et la transmission.


Un fil relie toutes ces vies en une seule : le désir et le plaisir de partager l’histoire, d’en transmettre le goût au plus grand nombre.


Parce que comprendre le passé, chez Joël Cornette, n’est pas une fuite hors du présent, mais une manière plus lucide — et plus libre — de l’habiter.


Anne d’Autriche, la régente absolue,


Anne d’Autriche épouse de Louis XIII, mère de Louis XIV. Femme. Étrangère. Régente. Elle cumule toutes les fragilités symboliques dans un temps de crise politique et sociale. Et pourtant, elle s’impose, et elle tient.


Avec la biographie historique riche et documentée, Anne d’Autriche, la régente absolue, Joël Cornette retrace sa vie depuis son arrivée en France à 14 ans comme infante espagnole jusqu’à son rôle central comme régente absolue pour son fils Louis XIV.

Cette biographie d’une rare finesse, accessible et vivante, combine rigueur historique et narration captivante. Elle offre un éclairage nouveau sur cette figure majeure de l’histoire de France, trop souvent reléguée au second plan par les historiens.

Anne d’Autriche est présentée comme une souveraine qui sait faire preuve d’une grande intelligence politique, mêlant pragmatisme, persuasion et courage, même face aux révoltes et trahisons de son temps.


Par son œuvre Joël Cornette souligne que l’histoire n’est pas un musée figé, mais un miroir tendu à notre présent.

Il nous montre une femme qui gouverne dans un monde qui conteste son autorité et soupçonne sa légitimité. Cette réalité résonne fortement avec notre époque, où l’exercice du pouvoir — et plus encore lorsqu’il est exercé par une femme — demeure exposé à la critique, au doute et parfois à la défiance.


Le livre met également en lumière une vérité intemporelle : gouverner, c’est rarement gouverner seul. Le pouvoir est souvent partagé, négocié, et parfois contesté.


Enfin, cette œuvre rappelle que la monarchie capétienne ne s’est pas construite seulement par les armes ou par les rois, mais aussi par des femmes de pouvoir, souvent contraintes d’exercer dans l’ombre, mais essentielles à la survie et à la stabilité du royaume.


En honorant Anne d’Autriche, la régente absolue, de Joël Cornette, publié aux éditions Gallimard, le Prix Hugues Capet distingue donc bien plus qu’un livre d’histoire. Il récompense une œuvre qui fait revivre l’esprit de la monarchie française, son exigence de continuité, son sens de l’État, et qui rappelle combien le passé capétien demeure un socle essentiel de notre mémoire nationale. Ce passé capétien qui fait dialoguer les siècles.


Remise du Prix Hugues Capet 2025


Pour sa fidélité exigeante à l’histoire de France, pour la profondeur et la justesse de son regard sur le pouvoir, et pour la qualité du récit et la maîtrise d’une écriture qui rend l’histoire intelligible et vivante, les membres du Jury ont unanimement décerné à Joël Cornette le Prix Hugues Capet 2025 pour son ouvrage Anne d’Autriche, la régente absolue, publié aux éditions Gallimard.


Joël Cornette, au nom des membres du Jury, nous avons l’immense plaisir de vous remettre le Prix Hugues Capet 2025 pour votre remarquable biographie Anne d'Autriche - la Régente absolue, publiée aux éditions Gallimard.

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