Philippe Égalité, le mensonge du 21 janvier
- Prince Charles-Philippe d'Orléans
- 21 janv.
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Dernière mise à jour : 22 janv.

Chaque 21 janvier, la France se souvient — ou devrait se souvenir — d’un basculement de civilisation : un roi jugé par une assemblée politique, condamné sous pression, exécuté au nom d’une idée de salut public. Dans ce récit, un nom revient comme une tache d’encre : Philippe Égalité, cousin de Louis XVI, présenté depuis deux siècles comme « la voix » qui aurait fait tomber le couperet. Cette accusation est simple, spectaculaire, donc tenace. Mais elle est fausse.
Les faits sont connus, mais rarement rappelés avec rigueur. Le vote de la Convention ne fut ni limpide ni univoque. Au terme du procès, la Convention vote à haute voix : chaque député monte à la tribune, sous les regards et les clameurs, et engage son nom devant Paris. Cette publicité n’est pas un détail : elle pèse, elle intimide, elle fabrique la peur. L’Assemblée nationale rappelle elle-même que ce vote public « engage personnellement » les députés et que leur suffrage « sera connu du peuple ».
On aime répéter que la mort fut décidée « à une voix près ». Or, en réalité, près de 387 députés se prononcèrent pour la mort du roi, si l’on inclut ceux qui votèrent la peine capitale assortie d’un report. Le sursis, quant à lui, fut rejeté largement. Dit autrement : même si Philippe Égalité n’avait pas voté la mort, la peine capitale disposait d’une majorité nettement supérieure à la fameuse « voix de trop » que l’on lui impute. Le destin de Louis XVI ne s’est jamais joué sur un homme, mais sur un bloc politique, une logique de radicalisation, un système déjà lancé à pleine vitesse.
Faut-il, pour autant, absoudre Philippe Égalité ? Non. Il n’en demeure pas moins responsable de son vote. Il y a là une faillite morale, indéniable. Mais l’Histoire exige davantage que des jugements moraux simplistes. Il faut comprendre le mécanisme : la Révolution avait besoin, pour se légitimer, d’entraîner dans le régicide un prince du sang. Elle avait besoin de déshonorer toute alternative possible, de rendre toute restauration impensable. Philippe Égalité fut utilisé, puis jeté. Quelques mois plus tard, il monterait à son tour à l’échafaud.
La vérité du 21 janvier n’est donc pas seulement la mort de Louis XVI ; c’est aussi la facilité avec laquelle une société se choisit un coupable unique pour ne pas regarder le mécanisme collectif. Accuser Philippe Égalité d’avoir « fait pencher la balance », c’est se donner le confort d’un récit clair, presque moral : un traître, une victime, une sentence. Mais l’Histoire est plus exigeante. La mort du roi est le produit d’un système de pressions, d’un vote public, de rapports de force, et d’une radicalisation dont Philippe Égalité fut un rouage — pas l’aiguille du destin.
Car la Révolution, à ce stade, n’est plus une promesse de liberté. Elle est devenue une machine de mort. Entre 1793 et 1794, environ 300 000 personnes sont arrêtées comme « suspects ». 17 000 sont exécutées après des procès expéditifs ; des milliers d’autres meurent en prison, sans jugement. La guillotine devient un rituel, une pédagogie par la peur. On ne juge plus pour établir la vérité, mais pour confirmer une décision déjà prise.
Voilà le véritable contexte du 21 janvier. Et c’est là que le parallèle avec notre temps s’impose, non pour confondre, mais pour alerter. Aujourd’hui, certes, on ne tranche plus des têtes. Mais combien de responsables politiques votent, reculent ou se renient sous la pression de certaines communautés, des sondages, de l’émotion médiatique ? Combien confondent encore la voix du peuple avec le bruit d’une foule ? En 1793, la peur faisait voter la mort. En 2026, elle fait voter l’incohérence. Le mécanisme, lui, demeure.
Réhabiliter Philippe Égalité, ce n’est ni l’absoudre ni le célébrer. C’est refuser un mensonge confortable. C’est rappeler qu’un homme faible n’explique jamais, à lui seul, une tragédie collective. Le 21 janvier devrait nous enseigner ceci : quand la politique renonce au courage, quand la justice devient un théâtre, quand les élus gouvernent à l’oreille de communautés, alors la République — comme hier la Monarchie — se met elle-même en danger. Et l’Histoire, tôt ou tard, présente la facture.
Prince Charles-Philippe d'Orléans
Le Prince Charles-Philippe d’Orléans, membre de la maison capétienne de France, œuvre à faire rayonner l’héritage capétien comme clef de lecture de la France contemporaine.




Monseigneur ,
Rétablir la vérité est aujourd'hui et pour les générations futures est une nécessité .
Soyez en remercier .
J'avais compris instinctivement la situation mais Merci Beaucoup pour cet article très bien écrit
Monseigneur,
L'un des principes fondamentaux de l'étude de l'histoire est la nécessité d'analyser les faits historiques dans leur contexte, plutôt que d'imposer des critères modernes – une pratique connue sous le nom de présentisme. Cette approche aide les historiens à éviter les jugements anachroniques et favorise une compréhension et une empathie plus profondes à l’égard des acteurs historiques. En considérant les motivations, les contraintes et les normes sociales du passé, nous obtenons une image plus précise des raisons pour lesquelles les gens ont agi comme ils l'ont fait, et nous évitons de porter simplement un jugement d'un point de vue contemporain.
Depuis la nuit des temps, ceux qui détenaient le pouvoir ont manipulé la vérité, façonnant l'histoire pour…
Merci Monseigneur pour cette tribune intéressante
Bien dit Monseigneur!