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J'ai honte pour la France

il y a 2 jours
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Photo: Jeff PACHOUD / AFP via Getty Images


Après le week-end de violences qui a ravagé nos villes, il faut regarder la vérité en face : la responsabilité de notre déclin n'appartient pas à un homme, mais à nous tous. Et la France ne retrouvera son destin qu'en se donnant, enfin, un chef d'État fort qui ne serve que ses intérêts et ceux des Français.


Un week-end de honte


Samedi 17 octobre, la France a offert au monde un spectacle qu'elle ne mérite pas.


Des centaines de milliers de Français ont défilé dans nos rues. Beaucoup l'ont fait dans le calme, pour exprimer une inquiétude réelle. Mais en marge des cortèges, et parfois en leur cœur, c'est une tout autre France qui s'est montrée : celle des vitrines brisées, des rideaux de fer arrachés, des magasins vidés, des incendies. Le maire de Nancy a parlé de scènes de guérilla. Le mot n'est pas trop fort.


Des milliers de commerces dégradés à travers le pays, et nombre d'entre eux pillés. Près de 500 dans le seul centre-ville de Marseille. À Paris, de la place de la République au boulevard des Capucines, des boutiques dévalisées, des commerçants frappés. Lyon, Nantes, Rennes, Perpignan, Tours, Avignon, Limoges, Chambéry… Une mairie et un bâtiment universitaire livré aux flammes. Et dimanche, cela recommençait. Lundi, le Louvre lui-même fermait ses portes.


Je veux le dire sans détour : je condamne toutes ces violences, sans exception et sans circonstance atténuante. Les pillages, les vols, les menaces contre des commerçants qui ont mis une vie à bâtir leur affaire, les attaques contre les agents qui servent nos communes, les agressions contre nos policiers et nos gendarmes, quels qu'en soient les auteurs. Celui qui pille une boutique ne revendique rien : il vole. Celui qui frappe un gendarme ne défend aucune cause : il frappe la France.


C'est une tragédie. Et j'ai honte. Non pas honte de la France, mais honte pour elle. Pour ce pays qui a donné au monde des cathédrales, des savants, des saints et des soldats, et qui laisse aujourd'hui saccager ses rues sous les yeux de ses propres enfants.


Nous devrions tous avoir honte. Pas seulement ceux qui cassent. Aussi ceux qui excusent, ceux qui expliquent, ceux qui détournent le regard et ceux qui, demain, auront déjà oublié.


Une jeunesse prisonnière du ressentiment


Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître : le mouvement lycéen est né de motifs qui ne sont pas tous illégitimes. Des établissements délabrés, des professeurs absents, des classes surchargées. Ces réalités existent, et un pays qui laisse ses écoles se dégrader manque à son premier devoir envers sa jeunesse.


Mais rien, absolument rien, ne justifie ce que nous avons vu. Et derrière les revendications s'est installé un discours bien plus inquiétant : celui d'une jeunesse à qui l'on répète qu'on lui vole son avenir, que tout échec est la faute d'un « système », que toute règle est une oppression.


La philosophe Julia de Funès a mis un nom sur ce mal : « la grammaire du ressentiment ». Le mot est juste, et il est terrible. Car le ressentiment est la passion triste de ceux qui refusent de grandir. Il ne construit rien : il accuse. Il ne cherche pas à surmonter l'obstacle : il cherche un coupable. L'école se délabre ? C'est le « système ». L'avenir inquiète ? C'est « eux ». Et quand tout devient la faute de quelqu'un d'autre, plus rien n'est jamais la sienne.

Nietzsche l'avait vu avant nous : celui qui ne parvient pas à atteindre une valeur finit par la renverser. Puisque l'effort est difficile, on le déclare injuste. Puisque l'exigence se mérite, on la déclare élitiste. Puisque l'autorité contraint, on la déclare oppressive. Puisque la règle s'impose à tous, on la déclare ennemie. Et l'on finit par appeler courage ce qui n'est que colère, et liberté ce qui n'est que saccage.


Voilà pourquoi la vitrine brisée n'est pas un cri : c'est un aveu. L'aveu d'une génération à qui l'on a appris à exiger avant d'apprendre à donner, à s'indigner avant d'apprendre à agir, à réclamer des droits avant de connaître ses devoirs.


Devenir adulte, c'est précisément cesser de rendre le monde responsable de tout ce qui nous résiste.


Mais je veux aller plus loin. Cette jeunesse sans repères n'est pas née seule. Elle est le fruit d'une génération d'adultes qui a renoncé à transmettre : l'histoire, le sens de l'effort, le respect de l'autorité, l'amour du pays, les valeurs que sont celles de la France. On ne peut pas reprocher aux enfants de ne pas porter un héritage qu'on a refusé de leur confier.


Le vrai responsable, c'est nous


Au lendemain de ces événements, il serait facile de désigner un coupable à l'Élysée. Ce serait injuste, et ce serait une lâcheté.


Le président de la République n'est pas responsable de tous les maux de la France. Les responsables des maux de la France, ce sont les Français.


Car c'est le peuple qui détient le pouvoir. Non pas le pouvoir de la rue, de la barricade ou du pavé, mais le pouvoir du vote. C'est bien pour cela, nous a-t-on appris, que la France a fait sa Révolution : pour remettre la souveraineté entre les mains du peuple. Eh bien, ce peuple souverain a élu le président actuel. Il a élu ses prédécesseurs. Depuis plus de quarante ans, la France va mal, la France dérive, et depuis plus de quarante ans, c'est par les urnes que les Français ont choisi ceux qui les ont conduits là.


La souveraineté n'est pas un droit sans contrepartie. Elle est une responsabilité. On ne peut pas réclamer le pouvoir et refuser d'en assumer les conséquences. On ne peut pas voter, puis brûler ce que l'on a soi-même choisi.


Deux France


Depuis des années, certaines voix alertent sur le déracinement de notre pays, sur l'effacement de la transmission, sur la fracture qui sépare peu à peu les Français. On les a traitées de Cassandres. Je ne partage pas toujours leurs mots, souvent trop durs. Mais force est de reconnaître que, sur le diagnostic, elles ont vu juste.


Nous sommes en train de nous rapprocher d'une fracture civilisationnelle. D'un côté, la France des racines, des traditions et des valeurs : celle du travail, de la famille, du respect, du clocher et de l'école, celle qui transmet et qui construit, celle qui se lève tôt, celle de ce Français que les réseaux sociaux ont baptisé Nicolas, « celui qui travaille, paie et se tait ». De l'autre, une France qui n'est pas la nôtre : celle du ressentiment et de la table rase, de la haine, de la violence, de la revendication par tous les moyens et de l'intimidation, que certains voudraient imposer par la rue et par la peur.


Cette ligne de partage n'est pas une affaire d'origine. Elle est une affaire d'adhésion. Est français, de cœur et d'âme, celui qui aime ce pays, respecte ses lois et veut le transmettre plus beau qu'il ne l'a reçu.


La guerre civile n'est jamais une fatalité. Mais il serait criminel de ne pas voir le chemin qui y mène.


Un État immense, mais impuissant


Ce week-end n'a pas seulement révélé la violence de quelques-uns. Il a révélé la faillite d'un système.


La France est l'un des pays du monde qui consacrent la plus grande part de leur richesse à la dépense publique. Elle compte plus de cinq millions d'agents publics, des centaines d'agences, des dizaines de milliers de normes. Et pourtant, un samedi soir, elle n'est plus capable de protéger une boulangerie, une mairie, un gendarme. Voilà le paradoxe français : un État qui prétend tout régenter, de nos thermostats à nos assiettes, mais qui recule devant le pillard. Un État obèse là où il devrait être léger, et chétif là où il devrait être fort. À force de s'occuper de tout, il ne protège plus rien.


Pourquoi ? Parce que nos institutions, telles qu'elles fonctionnent aujourd'hui, ne permettent plus de gouverner. Elles produisent des mandats courts, des campagnes permanentes, des responsables prisonniers des sondages et du prochain scrutin. On ne gouverne plus : on gère l'émotion du jour en attendant la prochaine élection.

Regardez ceux qui nous gouvernent. Certains servent des intérêts européens. D'autres des intérêts économiques. D'autres encore des intérêts personnels, ou des intérêts idéologiques. Mais qui sert la France, et seulement la France ?


Ce qui manque à la France, ce n'est pas un État plus gros. C'est un État plus fort. Et un État fort commence par un chef d'État fort.


Un chef d'État qui ne prétendrait pas tout faire, mais qui ferait parfaitement ce que lui seul peut faire. Trois missions, et seulement trois. La justice : qu'elle soit rendue vite, fermement, et pour tous, sans que la peine prononcée devienne une peine oubliée. La sécurité : que chaque Français puisse ouvrir sa boutique, prendre son train, envoyer ses enfants à l'école sans avoir peur. Les relations extérieures : que la voix de la France soit de nouveau entendue, et qu'elle défende ses intérêts, rien que ses intérêts, face aux puissances comme face aux bureaucraties. Placé au-dessus des factions, libéré de la tyrannie des échéances électorales courtes, ce chef d'État incarnerait la continuité quand tout vacille, trancherait quand tout s'enlise, assumerait quand tous se défaussent.


Et c'est là que tout bascule. Car un État qui se recentre sur le régalien rend aux Français tout le reste. Il cesse de les administrer pour les laisser entreprendre. Il cesse de les soupçonner pour leur faire confiance. Les milliards engloutis dans la gestion de tout et de rien redeviennent salaires, investissements, embauches. La paperasse recule, l'initiative avance. Le commerçant qui sait que sa vitrine sera protégée investit. L'entrepreneur qui sait que la règle ne changera pas tous les six mois embauche. Le capital, qui fuit l'instabilité, revient vers un pays qui tient parole. La sécurité n'est pas seulement la première des libertés : elle est la première condition de la prospérité.


Alors pourra naître une autre France. Une France qui produit au lieu de redistribuer la pénurie. Une France qui crée au lieu de réglementer. Une France qui ose, qui bâtit, qui exporte, qui innove. Une France d'avenir, de progrès et de travail récompensé. Une France où Nicolas ne serait plus celui qui paie et se tait, mais celui que l'on écoute enfin.


Ce n'est pas une utopie. C'est la leçon de toutes les nations qui réussissent : un État réduit à l'essentiel, mais intraitable sur l'essentiel. L'autorité n'est pas l'ennemie du peuple : elle est sa protection. Et la liberté n'est pas l'absence d'État : elle est le fruit d'un État qui tient sa place, toute sa place, et rien que sa place.



C'est dans les racines de notre histoire que naissent les plus belles promesses de l'avenir. Notre pays a besoin de repères, de hauteur et d'espérance. Il est temps que les Français, qui détiennent le pouvoir, s'en souviennent.


Prince Charles-Philippe d'Orléans

 
 
 

4 commentaires

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Invité
il y a 7 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Monseigneur,

Je suis vos tribunes même si je ne suis pas royaliste, mais plutôt voltairien et un socialiste qui cherche les socialistes en France. Je ne partage pas obligatoirement toutes vos interventions, mais il est bon que vous vous exprimiez, et il est mieux que vous fassiez entendre votre voix pour faie ce juste constat que nous sommes responsables, nous adultes. C'est à un rassemblement des démocrates que nous devons appeler avec un ultime sursaut. Vous le faites, je le suis. Merci !

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kepeneghian evelyne
il y a 8 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

merci monseigneur pour ce message qui nous touche en tant que respecteux de notre beau pays la france que le seigneur veuille sur Elle

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José Chilão
il y a 8 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Monseigneur,

Je m’exprime ici en tant que Portugais et Européen, profondément attaché à la culture francophone. Voir la France ainsi livrée à la violence et au saccage me choque profondément et me désole, tant ce pays représente à mes yeux une grande civilisation et une part essentielle de notre héritage européen.

Je partage cet appel à la responsabilité et au respect de l’autorité. Aucune revendication ne donne le droit de piller un commerce ou d’agresser ceux qui nous protègent. La complaisance envers la violence finit toujours par se payer aux dépens des citoyens respectueux des lois.

La question de l’immigration mérite également d’être abordée sans tabou ni amalgame. Une politique migratoire responsable suppose des règles d’accueil claires et une véritable…

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Nicolas
il y a 10 heures
Noté 5 étoiles sur 5.

Merci, Monseigneur, pour ce texte d’une rare lucidité.

Après ce week-end où tant de commerçants ont vu le travail d’une vie détruit en une nuit, il fallait une parole qui condamne sans détour et sans « mais ». Vous le faites, tout en refusant la facilité du bouc émissaire. Rappeler que la souveraineté du peuple est aussi une responsabilité, et qu’on ne peut pas brûler ce qu’on a soi-même choisi par les urnes, c’est une vérité que peu osent dire aujourd’hui.

Votre distinction entre honte de la France et honte pour elle me touche particulièrement. Elle dit l’essentiel : ce pays mérite mieux que ce qu’on lui fait subir, et il n’est pas trop tard.

J’y retiens aussi une idée forte :…

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